Enfant roi : un petit tyran en grande souffrance

Il ne supporte pas la contradiction, impose ses volontés jusqu’à la violence.

Pourtant, l’enfant roi est avant tout une victime. Explications.

 

Il coupe la parole aux adultes, négocie leurs décisions, impose un mode de fonctionnement en sa faveur : l’enfant roi a tout d’un dictateur. Intolérance à la frustration, aux intimidations et aux menaces, il épuise tous ses adversaires, à commencer par ses parents. Si de nombreux spécialistes assurent que l’enfant roi est rarement un « traumatisé », ils s’inquiètent des conséquences à long terme sur son psychisme, surtout lorsque son comportement devient pathologique, passant d’un enfant roi à un enfant tyran.

De l’enfant roi à l’enfant tyran

Le concept d’« enfant roi » désigne un enfant maintenu « dans l’illusion de la toute-puissance infantile », selon la psychanalyste Simone Korff-Sausse (1). Ses symptômes sont nombreux : « intolérance à la frustration, sentiment permanent d’insatisfaction, agitation motrice, instabilité, absence totale de retenue, troubles du comportement, dépression masquée, sentiment de toute-puissance », précisent les thérapeutes Hannelore Schrod et Janine Renier (2). Lorsque son état devient pathologique, il devient un « enfant-tyran », dont les symptômes « témoignent plus d’intensité, de souffrances, de désespoirs, que ceux de l’enfant roi et, au-delà des mots, s’expriment par des passages à l’acte violents », selon Schrod et Renier.

Dans son dernier ouvrage De l’enfant roi à l’enfant tyran, le docteur en psychologie Didier Pleux (3) décrit ce passage de l’enfant capricieux « qui pousse à bout » à l’enfant tyran qui domine par la violence : « L’enfant roi gagnera petit à petit une série de combats familiaux, contestera les règles, les refusera, les changera et agressera quiconque voudra rétablir l’ordre. Puis il sera seul au pouvoir. L’omnipotence virera vite au despotisme. » Violences physiques et verbales, agitation motrice, intimidations, victimisation comme mécanisme de défense… Didier Pleux décrit un comportement tyrannique qui s’illustre dans un « individualisme exacerbé ». L’enfant finit par prendre des décisions qui ne lui appartiennent pas, comme le choix du repas ou du programme télé du dimanche soir par exemple.

Un problème d’éducation, une souffrance insupportable

Mais ce petit « despote » est avant tout la victime d’un amour démesuré. « Je n’ai constaté aucune carence affective, mais au contraire une survalorisation de leur personnalité », assure Didier Pleux. Ces enfants souffrent d’un « excès de moi », décrit Didier Pleux, à défaut de l’autre, la figure d’autorité. Victimes de leur « hyperego », ils se construisent sans repères, dans l’échec social et scolaire. Dans un entretien accordé au Figaro , le docteur en psychologie prévient des effets néfastes sur l’épanouissement futur de l’enfant : « Les enfants qui n’ont pas de limites deviennent tout-puissants et très vulnérables. Il faut un changement radical de culture parce que, oui, il faut bien sûr une asymétrie dans la famille. »

L’essor de l’éducation dite « positive », qui se veut « bienveillante », aboutit à une écoute inconditionnelle de l’enfant, au détriment de son propre épanouissement. Selon les spécialistes, ne pas savoir se heurter au « non », faute d’avoir pu développer des stratégies d’adaptation, engendre une incapacité à supporter le réel. Cette frustration ou « le fait qu’une pulsion ne peut être satisfaite » – selon la définition de Freud (4) – devient dès lors une souffrance insupportable.

Le véritable risque, explique Aline Frossard, psychologue clinicienne à Beaumont (Haute-Savoie), n’est pas tant que l’enfant rejette la frustration en vivant dans l’illusion de la réalité, le risque, c’est qu’il y reste : « Il y a dans le développement de l’enfant une période – entre 2 et 5 ans environ – où l’enfant vit au travers d’une “pensée magique”, où ce qu’il désire ne peut qu’arriver. Il est dans ce que Freud appelait le principe de plaisir, qui prévaut sur le principe de réalité. À cette époque du développement, c’est normal. Mais si les parents ne mettent pas de limites, le principe de plaisir continuera de prévaloir sur celui de la réalité. Il dérivera alors lentement dans sa propre réalité, ce qui amène à une psychose infantile. »

Défaillance parentale

Si la carence éducative de ces enfants est évidente, comment l’expliquer ? Comment expliquer ce lien pathologique qui peut se développer entre parents et enfants ? Un adulte qui a vécu une faille narcissique dans l’enfance a nécessairement un sentiment d’abandon inconscient, qui l’empêche de mettre des limites à son enfant, parce que « s’il le brime, s’il le frustre, il projette son propre sentiment d’abandon, sa propre douleur originelle finalement », explique Aline Frossard. « Un jour, une mère m’a déclaré en pleine consultation : Ça m’est égal d’être tyrannisée, si ça peut faire du bien à mon fils ! Voyez comme le mécanisme est inconscient ! »

Malheureusement, l’effet sur l’enfant est totalement opposé à celui escompté, puisqu’il le prive de sécurité. « S’il n’y a pas de limite, l’enfant peut aller toujours plus loin, les parents n’ont plus la force de lui résister. Par conséquent, si l’enfant est plus fort que ses parents, qui va le protéger ? » interroge Aline Frossard.

Outre la souffrance pour le petit, à la fois victime et acteur inconscient, la psychologue et ses confrères Hannelore Schrod et Janine Renier redoutent des pathologies graves allant de troubles obsessionnels compulsifs à la psychose ou à la dépression. Quand bien même ces dérives ne sont pas systématiques, l’enfant roi se construira dans une confusion douloureuse entre réalité et plaisirs fantasmatiques. « L’enfant doit être reconnu, aimé, protégé, mais il faut aussi qu’il apprenne […] qu’il y a une réalité, laquelle n’est pas forcément drôle. Ce n’est pas de la haute théorie, c’est du bon sens », rappelle Didier Pleux.

(1) « L’Enfant roi, l’enfant dans l’adulte et l’infantile », Le Journal des psychologues, Simone Korff-Sausse, éditions Martin Média, 2007
(2) « L’Enfant-roi et sa famille, l’enfant-tyran et sa famille, leurs environnements », Thérapie familiale, Hannelore Schrod et Janine Renier, éditions Médecine & Hygiène, 2008
(3) « De l’enfant roi à l’enfant tyran », Didier Pleux, éditions Odile Jacob, 2012
(4) « L’Avenir d’une illusion », Sigmund Freud, éditions Pierre Pellegrin, 1927

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Lien de l’article : http://www.lepoint.fr/societe/enfant-roi-un-petit-tyran-en-grande-souffrance-28-02-2018-2198597_23.php#xtmc=l-enfant-roi&xtnp=1&xtcr=2

« Aucune banque ne peut être immunisée contre le hacking »

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[divider]Christopher Moffat, ancien responsable du Département de gestion des risques de l’information de la banque Barclays.[/divider]

 

 

« Aucune banque ne peut être immunisée contre le hacking »

Plusieurs banques et entreprises ont été la cible de piratages informatiques en 2016. Le vendredi 21 octobre 2016, une cyberattaque a paralysé la moitié du Web pendant plus de 12 heuresChristophe Muffat, ancien responsable du Département de gestion des risques de l’information de la banque Barclays, estime que les piratages informatiques sont inévitables et peuvent défier les meilleurs systèmes de protection.

 

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Lors de la dernière cyberattaque, les pirates ont utilisé le logiciel malveillant Mirai, quels dégâts pourrait causer ce genre de piratage à une banque?

Lorsqu’un logiciel malveillant de ce type paralyse les systèmes d’information d’une banque, il paralyse toutes ses opérations. Les banques perdent ainsi leurs commissions sur chaque ordre non réalisé pendant la durée de l’attaque. Sans parler des amendes imposées aux systèmes d’informations bancaires non opérationnel par les régulateurs des marchés financiers. Exemple: à Singapour, l’amende imputée à une banque pour des distributeurs hors service s’élève à 100 000 $ par heure.

 

Il existe des groupes indépendants qui (…) investissent plusieurs millions de dollars (…) Une force de frappe redoutable pour les banques.

 

Selon vous, quelle est la menace la plus dangereuse pour les institutions bancaires?

Le plus gros risque ce sont les APT (Advanced Persistent Threat): des groupes organisés qui ont un but précis et un retour sur investissement de leur attaque. Avant, ces groupes menaient des piratages pour des gouvernements dans des opérations d’espionnage par exemple. Aujourd’hui, il existe des groupes indépendants qui s’autofinancent par leurs précédents piratages et investissent plusieurs millions de dollars tout en cumulant plusieurs méthodes sophistiquées (accès physique, usurpation d’identité, développement de programmes) pour réaliser une attaque d’envergure. L’investissement financier et l’utilisation conjointe de ces méthodes leur donnent une force de frappe redoutable pour les banques.

 

99 % de l’argent dans le monde est électronique.

 

Quelles sont les failles de sécurité et les solutions pour les corriger?

99 % de l’argent dans le monde est électronique. C’est la conséquence directe de la mondialisation qui représente une menace pour la protection des données bancaires. Mais surtout, il existe des lacunes en matière de perception des risques. Pendant longtemps, les banques avait seulement un département informatique. Aujourd’hui, elles comprennent qu’au-delà des outils technologiques, ce sont des outils structurels qu’il faut développer notamment par la création de Départements de gestion des risques de l’information. Toutefois, une banque ne pourra jamais être totalement immunisée contre le hacking car chaque barrière qu’elle crée a toujours une faille.

 

Propos recueillis par Florise Vaubien, lundi 31 octobre 2016. 

Vers un monde bisexuel?

[divider]Une tendance de banalisation[/divider]

 

De récentes études menées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en France révèlent une tendance, une mode pour certains, ou plutôt une libéralisation des moeurs qui ne contraint plus à se définir dans une seule catégorie sexuelle. D’où la hausse des comportements bisexuels depuis les années 90s. Retour sur ce phénomène ou le reflet d’une société en pleine mutation.

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Ados, jeunes, mais aussi trentenaires bobo’, depuis le début des années 90, ils sont deux fois plus nombreux à redéfinir la sexualité au delà d’une identité finie et constante. En effet, entre 1990 et 2014, le pourcentage d’adultes ayant eu des rapports sexuels avec des personnes des deux sexes est passé de 3,1% à 7,7% aux Etats-Unis.

Les mêmes données sont observées chez les british et les franchies. De quoi taquiner les homophobes qui revendiquent encore une sexualité hétéro-normée et permanente…

 

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Homosexuels: le retour de la haine?

[divider]Débat & analyse[/divider]

 

Le bilan des crimes homophobes des derniers mois est dramatique. La tuerie d’Orlando ou les meurtres à Istanbul cet été laissent penser à un retour à la haine des minorités transsexuelles, bisexuelles et homosexuelles dans les pays arabo-musulmans en crise mais aussi dans les pays occidentaux.

 


 

Deux invités, Mohamed Ludovic Zahed – anthropologue et imam divorcé d’un homme – et l’historien américain Robert Beach – spécialiste de l’Europe et de l’Allemagne – nous expliquent ce phénomène par la résurgence du fascisme et de l’extrémisme religieux en faisant un parallélisme entre Daesh et le IIIème Reich.

L’Etat Islamique et le IIIème Reich relèvent du fascisme mais reposent sur des socles de justification très différents. Alors que l’EI se veut universaliste et condamne l’homosexualité pour de soit-disantes raisons religieuses, les nazis, obsédés par la pureté de la race aryenne, condamnaient l’homosexualité pour des raisons raciales et démographiques. L’acte homosexuel était considéré comme un péché patriotique: un manquement à son devoir démographique envers la race aryenne.

Mais la persécution des minorités sexuelles par les djihadistes repose t-elle vraiment sur des écrits religieux? Selon Zahed, non. Il rappelle que le Coran ne parle pas d’homosexualité mais de rapports contraints entre jeunes hommes et patriarches. Les différents régimes panarabistes et l’EI ont détourné sémantiquement les versets du Coran pour condamner l’homosexualité et légitimer la persécution des minorités sexuelles afin de créer une société homogène à l’identité uniforme, plus à même d’être manipulée et contrôlée par un pouvoir centralisé. « C’est du fascisme, du patriarcat, ça n’a rien à voir avec l’éthique de l’islam » souligne l’anthropologue. Cette pression faussement religieuse serait donc à l’origine d’une haine collective voire même d’une « haine de soi » qui pousse certains individus comme Omar Mateen à massacrer ses semblables.

Les deux spécialistes rappellent la perception de l’homosexualité à travers les âges depuis l’Antiquité. Alors que les empires égyptien, romain et grec autorisaient les rapports homosexuels, les écrits bibliques les condamneront pour leur caractère non-reproductif. C’est au XIXème siècle que les lois interdisant la sodomie seront bannies avec la Révolution Française et que les individus commenceront à se définir en fonction des rapports qu’ils préfèrent pratiquer. Ce sera la naissance de ladite identité sexuelle créant ainsi une minorité vulnérable, cible des régimes fascistes. Selon Beachy, après les années de relative tolérance sous la république de Weimar, le régime nazi entrainera la persécution systématique des minorités sexuelles condamnées aux camps de concentration. La moitié y périra entre 1935 et 1945. Il faudra attendre les années 1990 et 2000 pour que le mariage ou le pacte civil entre personnes du même sexe soit légalisé dans la plupart des pays de l’Europe de l’ouest.

Les spécialistes restent donc optimistes et croient en de nouvelles sociétés pluralistes où l’identité sexuelle ne serait plus une question prioritaire dans le paysage social si l’analyse des textes religieux tout comme le bien-être social et économique de chacun sont respectés.

 

Compte rendu de l’emission Square Idée diffusée sur Arte le 06/10/2016