LA BALANCE
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 Discipline officielle, le cécifoot s’impose peu à peu en France. Ses pratiquants, aveugles ou malvoyants, sont avant tout des footballeurs.

 

« On peut être aveugle ou malvoyant et marquer des buts à des gardiens voyants. » Le football n’a qu’à bien se tenir, le cécifoot, sa variante pour les déficients visuels, s’est imposé dans le handisport. Les joueurs guidés par l’ouïe et les multiples techniques d’adaptation ont démontré à plusieurs reprises ce qui semblait impossible : jouer au football dans le noir.

Quelques règles ont été aménagées : un ballon rempli de grelots et de billes, un terrain plus petit (40 x 20 m) délimité par des barrières gonflables, des cages elles aussi plus petites (3 x 2 m), cinq joueurs, dont un gardien voyant ou malvoyant, et un guide « valide » qui oriente ses joueurs jusqu’au but. Le club de Saint-Mandé (Val-de-Marne), parmi les meilleurs clubs français de cécifoot, est arrivé troisième de la Coupe de France, qui s’est déroulée le week-end dernier. À l’occasion de la journée mondiale de la mobilité et de l’accessibilité, Julien Zelela, président de l’AS Cecifoot Saint-Mandé, rappelle que ce sport est un vecteur d’émancipation pour ses joueurs. « Le cécifoot, c’est un moyen de se sentir libre, débarrassé de la canne, en parfaite autonomie sur le terrain », explique celui qui a introduit ce sport, apparu au Brésil, en France. Il poursuit : « On est footballeur aveugle et pas l’inverse ! On développe de grandes capacités mémorielles et auditives. Le cécifoot reste technique, tactique et performant. »

Double champions d’Europe

Un handicap qui se « transforme en force », dirait Yvan Wouandji, attaquant de l’équipe de France et de l’équipe de Saint-Mandé et ambassadeur des Jeux paralympiques 2024. « Un joueur de cécifoot dissocie les bons bruits et prend vite les bonnes informations. […] Il développe une faculté d’analyse et d’écoute plus importante que les sportifs valides. […] Situer les partenaires, écouter le ballon, les consignes des guides, visualiser la cage… Il y a beaucoup de paramètres à intégrer », précise la mascotte des Bleus. D’ailleurs, tout un champ lexical rythme les matches. Attaquants, défenseurs, gardiens et guides se hurlent des « axe, axe » pour signaler la cage aux joueurs ou « volle, volle » pour prévenir d’une éventuelle bousculade. Car aucun joueur ne peut discerner la moindre lumière : tous, malvoyants ou non-voyants, ont un bandeau sur les yeux. Une « mixité » unique entre les « valides » et les « non valides », estime Julien Zelela.

Discipline officielle depuis 1998, le cécifoot est aujourd’hui reconnu par la Fifa et le CIO. Une reconnaissance qui a galvanisé les « cécifootballeurs ». L’équipe nationale détient un palmarès à faire rougir. Composée majoritairement de joueurs du club de Saint-Mandé (94), elle a remporté le Championnat d’Europe en 2009 et en 2011 avant d’être médaillée d’argent aux Jeux paralympiques de Londres en 2012. Au-delà des victoires, c’est avant tout « un moyen pour les déficients visuels de se retrouver, d’être adversaires sur le terrain et de créer des moments de partage », selon Julien Zelela. Yvan Wouandji en tire surtout un message d’espoir : « Certains jouent au foot et, nous, nous le réinventons. On peut avoir un handicap, mais on peut avancer avec, faire du sport et briller comme tout athlète. »

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