« Je suis séropositif et je baise comme tout le monde »

 [toggler title= »Interview Street Vox, en partenariat avec Street Press » ]Af[/toggler]
 [divider]Bio: Olivier a 31 ans. Né à Rennes, il est enseignant à Paris depuis plus de 10 ans. En 2009, il apprend qu’il est porteur du VIH. Récemment engagé dans une relation amoureuse, il nous parle de sa vie sentimentale et sexuelle.[/divider]

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En 2009, la nouvelle tombe: Olivier est séropositif, à vie. Mais les nouveaux traitements arrivent et changent radicalement la vie sexuelle des couples sérodifférents. Une révolution pour sa vie sentimentale. Une façon pour lui d’être à nouveau quelqu’un de « normal ».

 

« J’ai cru que j’allais mourir »

J’avais 24 ans, j’étais jeune et fou amoureux. Le contrôle de routine s’imposait. Après deux tests, l’impensable se confirme: en plus de la syphilis, j’étais porteur du VIH. J’hallucinais! J’étais en larmes. Complètement démonté. Je ressentais une culpabilité terrible: mes parents m’avaient fait en pleine forme et je m’étais abîmé. En plus du drame que je vivais, la personne que j’aimais m’a quitté sans hésiter. Je me sentais sale et inconsolable. C’est ça le désespoir: une sorte de vide, pourtant chargé de tellement de choses douloureuses… Il fallait penser vite, réagir ou se laisser glisser. Ce désespoir m’a fait tellement peur que je me suis très vite ressaisi. Dès le lendemain, j’ai repris le contrôle. Plongé sur la toile, je cherchais la vérité sur ce virus que je devrai peut être porté toute ma vie. Est ce que quelque part quelqu’un en avait guéri? Quels traitements étaient les plus efficaces? Je refusais de me condamner et d’être soumis à une sentence.

 

[button color= »grey » size= »normal » alignment= »center » rel= »follow » openin= »samewindow »]Vih et sida, deux choses différentes: Un séropositif est une personne qui a contracté le VIH, le virus de l’immunodéficience humaine. Lorsque ce virus n’est pas traité par des antirétroviraux, le système immunitaire devient vulnérable à de multiples maladies et infections opportunistes: c’est ce qui s’appelle le Sida. Lorsque le vih est traité correctement, la santé n’est plus en danger et on parle alors de séropositivité.[/button]

 

« Au début, j’ai rejeté tous les traitements»

Je n’ai jamais su comment je l’ai attrapé et qui me l’avait transmis. Mais de toute façon, je ne pensais pas « d’où ça venait » mais « où j’allais ». Au début, je ne prenais aucun médicament. Je me soignais avec mon esprit et la médecine alternative. Je prenais tout ce qui pouvait renforcer mon corps et son système immunitaire. J’ai ainsi rejeté tous les traitements les deux premières années. Il fallait que moi je reprenne le contrôle avant de tout donner comme ça, avant de donner mon corps à la chimie. Par contre, j’y pensais tous les jours et j’étais très dur avec moi même. Je me refusais d’être fatigué ou d’être malade parce que ça voulait dire que ce virus m’atteignait. J’ai ensuite rencontré quelqu’un avec qui les choses devenaient sérieuses. Nous sommes allés voir ensemble un nouveau médecin, un toubib incroyable qui a su trouvé les mots: « Tu n’imagines même pas tous les traitements qui existent et comme ils ont changé. 

C’est là que j’ai appris qu’un séropositif traité, dont la charge virale est indétectable depuis plus de six mois, peut avoir des rapports sexuels non protégés à condition que le couple soit stable, qu’aucun des partenaires ne porte toute autre maladie sexuellement transmissible et ceci, sous l’égide du médecin. Pour les séronégatifs, ces avancées médicales ne changent rien, la capote reste la seule protection. Une véritable révolution pour ma vie sentimentale. J’ai alors commencé le traitement. Du jour au lendemain, je n’y pensais plus. Sentant qu’un médicament prenait le relais, j’ai pu me détendre et me laisser vivre. Quelques mois plus tard, les résultats tombaient. Mon virus n’était plus détectable, il était éteint et inoffensif. Une première grande victoire! En plus, la médecine offrait quelque chose de tout nouveau: je pouvais faire l’amour sans capote, faire l’amour comme tout le monde. Car au delà de porter le virus, il y a la terrible angoisse de contaminer l’autre et surtout, de tomber amoureux et de perdre l’être aimé à cause de sa maladie, à cause de sa différence.

 

« On a fait l’amour comme n’importe quel couple sans peur, sans barrière ».

Je l’ai annoncé à 6 « rencontres » dans ma vie: la première est partie mais à ma plus grande surprise, toutes les autres sont restées. A chaque fois, j’ai fait le choix de ne pas le dire tout de suite. Le dire dès les premiers jours, c’est s’exposer à ce que l’autre ne voit que ça en moi sans avoir eu le temps de découvrir qui je suis. Je me retrouve réduis à mon état de santé alors que je ne suis pas que ça. C’est pour cela que j’attends toujours quelques semaines, le temps que les sentiments se confirment, le temps que l’autre sache s’il veut aller plus loin avec moi… indépendamment de mon état de santé.

Annoncer une telle nouvelle à une personne dont tu viens de tomber amoureux est une épreuve terrible. La peur t’envahit, celle de tout détruire à cause de quelque chose que tu n’as pas choisi et qui s’est imposé à toi. On ne sait jamais comment en parler et comment l’autre va réagir… Mon ex, par exemple, est littéralement tombé dans les pommes. Mais il est resté parce qu’il m’aimait. Rapidement, on est allez voir le médecin qui avec humour nous a confirmé: « Mais arrêtez de flipper, c’est bon, vous pouvez vous enculez tranquille! ». En plus, le Truvada, un composant de trithérapie, permet notamment au séronégatif d’être protégé à plus de 90% d’une éventuelle contamination. Grâce à cette double protection, choper le vih devient aussi difficile que de tomber enceinte pour une femme qui prend la pilule contraceptive. Un véritable soulagement pour les gens comme moi: on ne peut plus faire de mal même sans protection, même à nu. Pendant deux ans de relation avec mon ex, on a fait l’amour comme n’importe quel couple, sans peur, sans barrière.

 

« La médecine a avancé alors que la désinformation continue! »

J’ai finalement une vie sexuelle totalement ordinaire, je baise comme vous. Pourtant un des premiers médecins que j’avais consulté m’avait dit que je ne retirerai jamais la capote alors que les nouveaux traitements le permettaient. Par tradition ou ignorance, certains médecins ne donnent pas toutes les pistes médicales à leurs patients. La médecine a avancé alors que la désinformation continue. C’est ça le vrai drame! Et je pense que c’est aussi par manque d’information que des millions de séropositifs ont la sensation que leur monde s’effondre. Certes ça n’est pas banal, personne n’a envie de vivre ça. Rien que faire le test peut être très anxiogène. Mon copain actuel par exemple n’ose même pas faire son contrôle de routine tellement il a peur d’être porteur. Chez les séropositifs, beaucoup n’osent pas enlever la capote alors qu’il n’y pas de danger de contamination. Au delà de la peur de la maladie, ce genre de crainte est largement alimentée par les fantasmes collectifs qui perdurent notamment à cause du manque d’information et du caractère versatile du discours médical. Moi, j’ai lu, cherché, changé de médecin pour avoir toutes les cartes en mains, les bonnes informations et les bons traitements. Il faut s’interroger, ne pas se résumer à ça et ne jamais oublier que l’esprit et le corps sont étroitement liés.

Et c’est peut être ce qu’il y a de plus fort et de plus surprenant dans le combat contre la maladie. On en sort différent, éveillé, grandi, connecté à soi-même avec une force mentale sans égal. Alors lisez, renseignez-vous, ne vous condamnez pas et ne prenez rien pour acquis, car on est capable de beaucoup plus qu’on ne le croit.

 

Propos receuillis le 17 mars 2017 par Florise Vaubien.

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