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5 octobre dernier: le New York Times sort l’info qui deviendra virale: l’important producteur hollywoodien Harvey Weinstein aurait agressé sexuellement voire violé plusieurs actrices au cours de sa carrière. Asia Argento, Rose McGowan, Gwyneth Paltrow, Ashley Judd, Léa Seydoux, Angelina Joli, Emma de Caunes, Cara Delavigne, plus de trente femmes l’accusent ensuite d’avoir usé de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles en échange de distribution de rôles dans ses films.

 

Harvey Weinstein: The end

60 statuettes, une palme d’or (Sexe, mensonges et vidéo), un oscar du meilleur film (Le patient anglais), le fondateur de Miramax et producteur à succès (Pulp Fiction, Will Hunting ou Kill Bill) semble être à l’avant-première de la chute de son empire bâti il y a plus de trente ans. Aujourd’hui, les langues se délient, les chuchotements tenus jusqu’alors en coulisses passent face caméra: des actrices accusent successivement le magnat de la production américaine d’agressions ou de harcèlements sexuels. Angélina Joli, Gwyneth Paltrow, Léa Seydoux ou encore Cara Delavigne déclarent avoir repousser à plusieurs reprises les avances du producteur. Cinq autres femmes l’accusent de viol.

Tout a commencé le 5 octobre dernier lorsque le New York Times révèle une enquête où deux actrices, Ashley Judd et Rose McGowan, racontent avoir été les victimes dHarvey Weinstein. Six jours plus tard, The New Yorker rendait public un extrait sonore où l’on entend Weinstein menacer une mannequin qui refusait de rentrer dans sa chambre d’hôtel (extrait en couverture de page):

« Je te le dis maintenant, viens ici, je vais prendre une douche. Toi, tu t’assieds ici et tu prends un verre »,

« Je suis désolée, je ne peux pas », répond la jeune femme, « hier, c’était trop agressif pour moi (…) Je ne veux pas être touchée », continue-t-elle.

« Chérie, ne te bats pas avec moi, je ne ferai rien, je le jure sur la tête de mes enfants (…) viens cinq minutes (…) ne va pas gâcher notre amitié pour cinq minutes. », lui rétorque-t-il.

 

Il aurait ainsi favoriser certaines carrières en échange de faveurs sexuels. Face au scandal, Harvey Weinstein a présenté ses excuses tout en niant les accusations de violences sexuelles: « Je réalise que la façon dont je me suis comporté avec des collègues par le passé a causé beaucoup de douleur, et je m’en excuse sincèrement », a t-il déclaré au New York Times. Son porte-parole a ajouté que « toutes les accusations de relations sexuelles non consenties sont réfutées par M. Weinstein ».

Quelques jours après le scandal, sa propre maison de production dont il est co-fondateur, la Weinstein Company, le licencie.  «À la lumière de nouvelles informations qui ont éclaté ces derniers jours sur la mauvaise conduite d’Harvey Weinstein, les directeurs de la Weinstein Company (Robert Weinstein, Lance Maerov, Richard Koenigsberg et Tarak Ben Ammar) ont décidé, et ont informé Harvey Weinstein, que son travail à la Weinstein Company était terminé, avec effet immédiat», a annoncé la direction dans un communiqué… La chute est proche.

En pleine désintox contre la dépendance au sexe, le producteur âgé de 65 ans perd sa compagnie et des collaborateurs importants. Dans le cercle politique, Hilary Clinton et Barrack Obama se sont dit choqués. Rappelons que la fille aînée de l’ancien président avait fait un stage à la Weinstein Company… En France, l’Elysée pense retirer la légion d’honneur qu’Harvey Weinstein avait reçue en 2012 pour son soutien au cinéma français, notamment pour la distribution aux Etats-Unis des films Le destin d’Amélie Poulain, The artist ou IntouchablesSa seconde épouse, la styliste britannique Georgina Chapman, a décidé de le quitter regrettant publiquement ces actes « impardonnables ».

 

« Tout le monde savait« 

Léa Seydoux ne mâche pas ses mots comme beaucoup d’autres femmes accusant le producteur. «Je savais pour Harvey Weinstein, depuis environ un an. Je regrette de n’avoir rien dit», a reconnu Jane Fonda. D’autres actrices et acteurs, comme Meryl Streep et Matt Damon, ont affirmé qu’ils n’en savaient rien avant la parution de l’article du New York Times.

Pourtant plusieurs grands noms du cinéma américains sont accusés d’omerta. Quentin Tarentino, Matt Damon et Ben Affleck auraient caché ou ignoré les agressions rapportées par leurs collègues. L’actrice Rose McGowan n’a pas hésité d’accuser sur Twitter Ben Affleck de n’avoir jamais rien fait alors qu’il connaissait bien les comportements graves de Weinstein vis-à-vis des femmes. L’intéressé n’a pas reconnu les faits.

 

 

Ben Affleck a nié avoir été mis au courant des agissements de Weinstein mais s’est excusé d’avoir eu des « comportements inappropriés » avec certaines de ses collègues… Comme avec l’actrice Hilarie Burton dans cette interview datant de 2003 (ci-dessous).

 

Un triste constat qui jette définitivement la suspicion sur Hollywood, un système qui passerait sous silence et banaliserait des agressions et des comportements sexistes envers les femmes… Ou le reflet d’une problématique sociale mondiale.

 

Un scandal planétaire

S’ensuit un scandal à résonance mondiale qui relance le douloureux débat de l’égalité homme-femme, un équilibre particulièrement fragile dans l’environnement professionnel. Le 13 octobre dernier, une semaine après la bombe lâchée par le New York Times, la journaliste Sandra Muller, qui travaille pour la Lettre de l’audiovisuel, lance un appel à témoignages en utilisant l’hashtag « #balancetonporc » sur Twitter pour libérer la parole de celles qui auraient subi l’harcèlement sexuel au travail.

Alyssa Milano embraye avec « #Metoo », un hashtag qui s’est hissé en haut des « trending topics« , sujets les plus discutés sur Twitter, avec plus de 27000 réponses. Traduit en arabe, l’équivalent est lancé en Tunisie (#أنا_زادة) pour dénoncer les agressions subis par les femmes au travail ou dans l’espace public. De même à Dubaï (#نا_ايضاأ). Une façon de dénoncer ouvertement « la culture du viol ».

La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a réagi publiquement en soutenant ces initiatives. « Tout ce qui peut permettre aux femmes de parler est une bonne méthode. Il faut se garder de dire aux femmes comment elles devraient parler ou ne pas parler, parce que ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel c’est le fond de ce qu’elles disent et je comprends qu’être derrière un écran soit plus facile pour dire des choses qui sont extrêmement dures à verbaliser« , a-t-elle affirmé sur Public Sénat.

 

Que risque Harvey Weinstein?

Harvey Weinstein n’est pour le moment visé par aucune procédure judiciaire en France faute de plainte déposée. Les parquets new yorkais et londoniens ont eux ouvert des enquêtes mais n’ont à ce jour reçu aucune plainte. Selon Me Arthur Dethomas, avocat aux barreaux de New York et de Paris, il faut de toute façon « qu’au moins une victime porte plainte pour qu’un procureur se saisisse« . De plus, tous les faits ne peuvent donné lieu à des poursuites en raison du délai de prescription.

S’il devait être reconnu coupable, Harvey Weinstein risque entre 5 et 25 ans de prison selon des experts interrogés par le Guardian.

A suivre…

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