LA BALANCE
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Julian Mez, co-fondateur de l’association du BAAM – Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants, chef de son service Pôle Santé, et étudiant en 4ème année de médecine à Paris.

 

Vendredi, l’opération « mise à l’abri » a permis l’évacuation du camp de migrants aux abords de la station Stalingrad dans le nord de Paris. Plus de 3.000 personnes ont été orientées vers 74 centres d’hébergement et une dizaine de gymnases situés en Ile-de-France.

Pour justifier cette mesure, la Maire de Paris Anne Hidalgo, a rappelé notamment d’une « situation humanitaire et sanitaire dramatique », dans une lettre rendue publique le 30 octobre dernier sur Twitter. La situation sanitaire s’est en effet aggravée sur le site ces dernières semaines selon plusieurs associations. Julian, chef du Pôle Santé du BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants), qui intervient sur le terrain depuis le début de l’installation du camp, nous explique les principales menaces sanitaires qui visent ces populations migrantes.

 

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Quels sont les principaux problèmes de santé observés dans les camps?

La principale menace pour la santé des migrants est double: elle est physique et psychologique. En matière de santé physique, 60 à 70% des populations dans les camps soufrent de grippes chroniques; 20 à 30%, de la Galle, et environ 5% de la Tuberculose. D’un point de vue psychiatrique, nous observons de graves troubles liés aux traumatismes de guerre, à l’itinéraire chaotique depuis les pays d’origine, la solitude et les difficultés dans les démarches de régulation. Ces troubles sont souvent des dépressions ou des décompensations subites. Cependant, pour des raisons culturelles, beaucoup de migrants ne se confient pas sur leurs souffrances psychologiques ce qui ne favorise pas notre travail de détection de la maladie et son traitement.

 

En quoi la situation de campement aggrave la prolifération des maladies infectieuses?

Premièrement: la promiscuité. Les migrants sont entasser dans un espace restreint ce qui augmente les risques liés à la transmission des maladies infectieuses et bactériennes. Deuxièmement: le manque de ressources matérielles. Par exemple: faute de couvertures et de vêtements chauds, ils se prêtent des affaires entre eux et se transmettent davantage les bactéries. Enfin, l’interruption des traitements médicaux, en raison des mouvements des populations entre les camps et les centres d’accueil, aggrave leur(s) problème(s) de santé. Surtout lorsqu’il s’agit justement de traiter une maladie infectieuse ou des troubles psychiatriques qui nécessitent respectivement un suivi médicamenteux et une assistance thérapeutique régulière. Et je ne vous parle pas des femmes enceintes ou des nouveaux-nés dont la santé est particulièrement en danger.

 

C’est un cycle sans fin.

 

Justement, l’Etat leur offre t-il une assistance particulière?

Oui, ou du moins il font semblant. La préfecture de Paris propose des solutions d’hébergement prioritaires pour les personnes dites vulnérables: femmes enceintes, nouveaux-nés, jeunes enfants et mineurs isolés. Ce sont souvent dans des hôtels insalubres et en banlieue. Faute de meilleures conditions de vie et privées de l’aide associative déployée dans les camps (nutrition, assistance juridique, distribution de vêtements…), ces populations abandonnent leur logement et reviennent dans les campements. C’est un cycle sans fin.

 

Quelles sont les ressources dont vous manquez le plus pour mener vos actions sanitaires?

Nous avons besoin que l’Etat installe dès le début les équipements sanitaires vitaux (toilettes et douches). Il réagi dans l’urgence lorsque des cas d’épidémies sont déjà signalés. A Stalingrad, il nous a fallu un mois pour obtenir l’installation des toilettes chimiques. Pendant ces semaines de négociations avec la Mairie, la situation hygiénique du camp a eu largement le temps d’empirer. Par ailleurs, les délais très longs pour obtenir l’AME laissent les personnes malades sans suivi médical pendant plusieurs mois. Finalement, c’est l’absence ou la négligence de l’Etat qui est le pire ennemi de la santé des migrants.

 

Pour obtenir une place dans un hôpital, il faut être en état d’urgence clinique

 

A l’approche de l’hivers, quels sont les principaux enjeux de votre collectif?

Notre principal challenge, c’est le relogement rapide des personnes malades avant les températures hivernales qui constituent une fragilisation supplémentaire pour leur état de santé. Or, pour obtenir une place dans un hôpital, il faut être en état d’urgence clinique. Pour ceux qui ne le sont pas, il faut qu’il fasse au moins -5 degrés pour faire une demande à la préfecture de Paris et obtenir une place dans un gymnase. A -4 degrés, il ne vous reste que les associations comme nous pour recevoir des vêtements chauds et des premiers soins.

Propos recueillis par Florise Vaubien, dimanche 6 novembre 2016.

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